Un lieu de mémoire
Liens littéraires entre l'Irlande et la France de 1922 à 2026
L'histoire de l'Ambassade d'Irlande à Paris et de Marcel Proust
Au 12 avenue Foch, à Paris, se dresse un hôtel particulier construit à la fin du XIXe siècle, aujourd'hui siège de l'ambassade d'Irlande. Derrière ses portes se cache une histoire bien plus vaste que celle d'une simple adresse diplomatique : une histoire de famille, de littérature, et d'un lien entre deux pays qui dure depuis plus d'un siècle.
Un lieu de mémoire
« Je trouve que ce bâtiment est une magnifique métaphore de la relation entre l'Irlande et la France », confie l'ancien ambassadeur d'Irlande Niall Burgess. L'histoire de cet hôtel particulier est racontée de l'intérieur par le comte de Breteuil, dont l'arrière-grand-père en a supervisé la construction en 1892. Henri de Breteuil était, à l'époque, une figure éminente de la société parisienne, « un ami d'Édouard VII, roi d'Angleterre, de la reine du Portugal et de Marcel Proust ». Pour recevoir la haute société dans laquelle il évoluait, il fit appel à l’architecte Sanson et choisit le quartier le plus prestigieux de Paris, ce qui était alors l’avenue du Bois de Boulogne.
Le lien avec Proust va bien au-delà d'une simple amitié mondaine. « Mon arrière-grand-père était l'une des figures marquantes de l'aristocratie parisienne, et Proust s'est inspiré de lui », raconte le comte de Breteuil. Henri de Breteuil devint ainsi le modèle du personnage d'Hannibal de Bréauté dans À la recherche du temps perdu, un lien que l'on retrouve jusque dans les initiales partagées par les deux hommes.
Le lien entre les écrivains irlandais et la France est absolument remarquable. Oscar Wilde, par exemple, a grandi en parlant français et a écrit en français. James Joyce a publié un chef-d'œuvre à Paris, puis en a écrit un autre.
Il évoque la célèbre, et presque absurde, histoire de l'unique rencontre entre Joyce et Proust, dans un hôtel parisien en 1922, avant d'ajouter que les deux écrivains poursuivaient, chacun à sa manière, le même but. Joyce disait qu'Ulysse permettrait de reconstituer entièrement la ville de Dublin telle qu'elle était en 1904, « et, en un sens, Proust a fait exactement la même chose. Il a recréé, à partir de la mémoire, tout un monde.»
Ce dialogue littéraire entre la France et l'Irlande est toujours actif à l'ambassade aujourd’hui. Chaque année, plus de 6 000 visiteurs, férus de littérature ou non, en franchissent les portes, beaucoup à l'occasion des Journées du Patrimoine. Comme le résume l'ancien ambassadeur Niall Burgess : « L'ambassade [à Paris] ne raconte pas seulement une histoire d'architecture ou de décoration intérieure. Elle raconte l'histoire d'un lien ancien, mais bien vivant aujourd'hui, et essentiel pour l'avenir. »